Agadir, 29 février 1960, 23 h. 40. Un soir de Ramadan. La terre tremble durant 10 à 14 secondes qui paraissent une éternité. Magnitude 6-7 sur une échelle de 10. Epicentre à 2 km au sud-ouest de la ville. La catastrophe fera quelque 16'000 disparus, dont 13'000 morts recensés. Ce sera la première de l'histoire à être médiatisée dans le monde entier. Une émotion et un élan de solidarité sans précédent s'ensuivirent. Dans un an, jour pour jour, on atteindra le 50e anniversaire de cet événement tragique qui propulsa Agadir à la une, dans un contexte de globalisation avant l'heure. Un bruit énorme, démesuré, comparable à des coups de canon, surgit de la terre. "La ville entière fut (...) secouée comme par une main gigantesque, le sol étant soumis à un brutal va-et-vient dirigé selon l'axe nord-sud, en même temps qu'une puissante ondulation ébranlait les immeubles, les tordant comme des roseaux ou les brisant" (photo ci-dessus). C'est ce que décrit Willy Cappe dans un livre, aux qualités assez inégales, qu'on peut lire ici in extenso. D'immenses lueurs bleutées et rougeâtres illuminèrent le ciel, ce qui fit croire à une éruption volcanique. Il n'en était rien : ces manifestations fantastiques n'étaient qu'un effet des champs électriques déclenchés par le séisme. J'ai questionné les survivantes qui habitaient à l'époque mon petit domaine (voir Terrain Bhira d'Ouled Alioua : pas moins de 17 héritiers ! et Quatre séances de signature chez le notaire), situé à une trentaine de kilomètres de l'épicentre. Elles se souviennent avoir ressenti le tremblement de terre. Mais on ne déplora aucun dégât. Edifiée sur le premier contrefort de l'Atlas dominant l'océan (lire Le Souss à travers les siècles : canne à sucre, limette, orange), la kasbah fut complètement détruite, de même que les constructions aménagées à flanc de coteau et au pied de celui-ci. Plus l'on approchait du centre-ville actuel, moins les dégâts étaient importants. On peut encore voir aujourd'hui le cinéma Salam (ci-dessus) qui résista au séisme, puis à... 50 ans d'utilisation. En 1960, avant le séisme, Agadir était déjà une ville assez moderne (ci-dessus). Elle comptait un peu plus de 40'000 habitants. Son climat idéal commençait à attirer les touristes et plusieurs hôtels venaient d'avoir été aménagés. Deux erreurs mortelles Mais les Gadiris avaient commis deux erreurs mortelles : ils avaient construit leurs bâtiments sans vraiment tenir compte des règles de l'ingéniérie et avaient manqué de mémoire. Pourtant, en 1731 un puissant séisme avait ravagé la contrée. La porte de la kasbah (à droite la reconstruction à l'identique qu'on peut visiter aujourd'hui) portait d'ailleurs la date de l'année suivante, qui vit sa reconstruction. Mais personne apparemment ne se soucia de retenir la leçon de l'Histoire... Voilà pourquoi un habitant sur trois d'Agadir périt dans la catastrophe. Signalons que des photographies et des documents inédits sont exposés jusqu'au 3 mars prochain au Musée du patrimoine amazigh, au centre de la cité contemporaine (voir Coup de coeur pour l'oeuvre d'un artiste amazigh d'Agadir). Thème de cette expositon : "Agadir avant 1960 : une ville en quête de sa mémoire". L'an prochain, le demi-siècle anniversaire sera-t-il marqué de manière particulière ? Ce serait judicieux, ne serait-que pour célébrer le monument dédié aux disparus de 1960 : la ville d'aujourd'hui elle-même. Voici ci-dessus une vidéos que j'ai sélectionnée, pour donner une image plus complète de ces événements. Il s'agit d'un reportage de la TV suisse romande sur la ville sinistrée un mois après. Ecoutez le commentaire : non, non, ce n'est pas un prêche du dimanche matin... Entre parenthèses, on se demande pourquoi la communauté juive d'Agadir s'approprie cette vidéo, en violation complète du droit d'auteur. Voir aussi Tremblement de terre d'Agadir de 1960 : le mur du souvenir

Renseignements complémentaires sur le riad  : +41 79 240 26 32

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