Le Palais de la Bahia de Marrakech, chef-d'œuvre arabo-mauresque

Les deux palais se trouvent tout proches l'un de l'autre - on y accède par la place des Ferblantiers - et leurs noms peuvent facilement être confondus. Mais le Palais de la Bahia de Marrakech (ci-dessus) et le Palais El Badi se présentent de manière toute différente. Alors que le second trône dans le plus grand des dépouillements sur une esplanade largement amputée par rapport à l'époque de son éclat triomphant, le premier offre aux yeux du visiteur un luxe extravagant et unique de boiseries (deux photos ci-dessus), de zelliges et de plâtre sculpté inspiré du style arabo-mauresque. La particularité du palais réside dans sa construction de plain-pied. Seul un nombre limité des quelque 160 pièces du palais est ouvert au public. La famille royale séjourne en effet parfois à la Bahia Sous le Protectorat, le résident général Hubert Lyautey en fit sa résidence personnelle. Il y ajouta l'électricité et des cheminées pour se chauffer. "La Bahia est enfin terminée" L'histoire du Palais de la Bahia est récente, puisque ses fondations n'apparurent qu'en 1880. Le grand vizir alaouite Sidi Moussa, qui se trouvait alors placé à la tête de l'exécutif marocain, commanda l'érection d'une résidence pour le plaisir de l'une de ses concubines. D'où le nom donné à la bâtisse, qui signifie "palais de la belle". Les travaux s'étendirent sur sept ans. Ils se trouvent à l'origine de l'expression marocaine "la Bahia est enfin terminée", employée lorsque une affaire reste longtemps sans solution. Une expression que plusieurs de mes amis et moi-même pouvons sans autre utiliser en pensant aux délais qui s'écoulent avant l'achèvement de la construction de nos maisons. Voici des exemples évocateurs de la maîtrise artisanale marocaine traditionnelle. Première photo : le traitement du cèdre. Deuxième : celui du stuc et sur la troisième une cheminée décorée de zelliges. Aujourd'hui, ce type d'aménagement se révélerait hors de prix. Seules des réalisations de très grand prestige peuvent s'en inspirer. Ainsi en est-il de l'hôtel de la Mamounia. Photos Hans Rossel, Visoterra, Christian Mauchie