Grand Sud : mer sublime et autres secrets

Voici un périple magique de six jours du Jardin aux Etoiles à Tarfaya, dans le Grand Sud du Maroc. Près de 1'400 km pour découvrir les côtes fantastiques de l'Atlantique mais aussi quelques secrets cachés dans la montagne. Vous n'imaginez pas toutes les découvertes qu'on peut y faire. Les routes principales sont bonnes, en règle générale. Un véhicule de type 4 x 4 est néanmoins recommandé.

 

 

Partez de très bon matin du riad, afin de profiter au maximum de la première journée. Il existe plusieurs routes pour se rendre jusqu'à Resmouka (aussi orthographié Rasmouka ou Rasmoka). Nous conseillons de passer par le gros bourg de Biougra, puis de continuer plein sud jusqu'au très beau lac artificiel de Youssef Ibn Tachfin. Depuis le barrage, rouler encore sept kilomètres.

Un petit  Sahara

 

Une heure quarante après votre départ du Jardin aux Etoiles, vous arriverez à un petit bijou inattendu : le petit Sahara de Resmouka. Ces quelques kilomètres carrés de sable fin donnent l'impression de se trouver tout à coup dans la fascination des dunes de M'Hamid et de Chegaga qui, elles, nécessitent une pleine journée de voyage, et que les personnes ne souhaitant pas être stressés atteignent en deux jours.

Des opérateurs touristiques proposent des balades à dos de dromadaire. L'un d'eux organise même un bivouac. Mais ne  soyez pas déçu(e) si, sur place, vous ne trouverez rien de tout cela. Au Maroc, la difficile gestion d'offres de ce genre est aléatoire.

Le nouveau coeur de Tiznit

 

Comptez moins de 30 minutes jusqu'à Tiznit, à ne pas confondre avec Tifnit. Cette cité berbère ceinte de murailles datant du 19e siècle mérite qu'on s'y arrête. Elle était connue pour ses bijoux en argent. Elle le devient grâce à la réhabilitation de son coeur historique, signée de l'architecte Salima Naji. Lisez notre page "Tiznit : la ville aux murailles et au coeur réhabilité" et vous n'en ignorerez rien, ou presque.

Une bonne  adresse pour se restaurer à Tiznit dans un cadre sympathique et authentique :  A l'ombre du figuier.

 

Six adresses

 

Poursuivons notre route, largement en bord d'océan, par Aglou, en 50 minutes jusqu'à notre destination pour la nuit. La côte est magnifique, encore sauvage, à part quelques constructions de villages de vacances plus ou moins réussis.

A Mirleft et dans les alentours, quatre adresses peuvent être recommandées, soit pour y dormir, soit pour y manger. La première que l'on rencontre nécessite de grimper sur la droite, en suivant le panneau indicateur (s'il n'a pas disparu entre-temps...), pour parvenir au Nid d'aigle, base de départ mondialement connue pour les parapentistes, d'où l'on jouit d'une vue maximale sur l'océan. En prime, pour les amateurs de sensations fortes : baptême de l'air proposé à 50 euros.

 

La seconde adresse porte un joli nom : Un thé au bout du monde, face à une belle plage. L'hôtel-restaurant Les 3 O a malheureusement mis la clé sous le paillasson. En revanche, Les Trois chameaux, installés sur la hauteur, à l'emplacement d'un ancien fort, sont toujours bien présents (hôtellerie uniquement).

Immédiatement à la sortie de Mirleft, un petit bijou : Dar Najmat. Cet hôtel les pieds dans l'eau se situe dans la catégorie "trois étoiles". C'est un havre de paix formidable. On grimpe encore d'un échelon avec notre sixième adresse : Kasbah Tabelkout, qui se situe dans le domaine du luxe, du moins pour les prix.

 

De Mirleft, il ne vous faudra que 25 minutes pour atteindre l'immanquable et admirable site de l'arche de Legzira. Une promenade en bord d'océan s'impose absolument ! Nous y consacrons une page spéciale entière.

 

Vous passerez ensuite rapidement par Sidi Ifni, qui mérite le coup d'oeil. Il s'agit d'une ancienne enclave espagnole qui ne fut restituée au Royaume que 13 ans après l'indépendance de 1956. Les traces de l'occupation espagnole sont encore bien visibles. Les plus beaux bâtiments de Sidi Ifni datent de cette époque... Un constat édifiant.

Guelmim et oasis de Tighmert

 

Retour sur 210 km et trois heures environ à l'intérieur des terres. Le paysage s'enrichit de palmiers-dattiers et de figuiers de Barbarie. Si l'on entendu éviter les pizzerias de Guelmin, on sera bien avisé de prendre la direction de l'oasis de Tighmert, pure merveille de la nature à une vingtaine de minutes de cette ville de 200'000 habitants. La maison d'hôtes Nomades vous tend les bras. C'est en même  temps un restaurant et un étape de charme, simple, pour y dormir. En y mangeant à midi, vous serez peut-être à même de réserver ce cadre enchanteur, pour la conclusion de l'étape du retour du lendemain soir. Autre adresse recommandée : La Maison de l'homme bleu, dans le même registre.

 

Chaque samedi, marché aux dromadaires de Guelmim, qui se tient dans un enclos jouxtant le grand marché. On y vend des dromadaires mais aussi quelques bovins, des moutons et des chèvres. Scènes pittoresques ! Personne ne viendra vous demander ce que vous y faites si vous prenez des photos.

 

A partir de Guelmim, appelée la Porte du désert, la végétation se faire plus rare. Le paysage confine parfois au dénuement, que viennent toutefois animer des troupeaux de dromadataires. Attention : il peut arriver que la route soit partiellement recouverte de sable !

Oued Chbika

 

On retrouve l'Atlantique à Tan-Tan plage (El Outia). Si la soif vous guette, arrêtez-vous au riad Essadia, auberge-restaurant. Un peu plus loin, stop obligatoire, en  bordure de route, à l'oued Chbika : le sable et l'eau créent une symphonie visuelle à la beauté presque irréelle.  Plages grandioses, falaises, dunes de sable fin, un paysages à couper le souffle. En prime, si vous avez de la chance : flamants roses, grands cormorans, macreuses noires et pingouins torda. Attention toutefois aux embruns salés et au vent fort ! Ces conditions climatiques difficiles prennent toutefois fin, en principe, entre les mois de septembre et de novembre. Une station touristique était envisagée ici. Heureusement... ou pas, elle n'a finalement pas vu le jour, contrairement à ce qui était annoncé en 2010.

La halte du soir approche. A Akhfennir, nous conseillons Chez Eric. Avis aux amateurs : cette auberge propose des parties de pêche.

 

Akhfennir est la porte d'entrée du Parc national Khnifiss. Nous voici entrés par effraction en plein trésor de la nature ! Un mariage magnifique de dunes de sable et de la mer ! Des détritus déposés pas des criminels gâchent (à peine) le plaisir. Il faut se promener à pied le long de la lagune Naïla. Un sentier et un embarcadère mènent aux pêcheurs locaux, formés comme guides, pour faire un tour en barque.

Un centre d'information y a été ouvert à destination des visiteurs désireux de découvrir ce trésor de la nature. Vous aurez le choix entre plusieurs formules. L'excursion d'une journée entière (400 dirhams, soit moins moins de 40 euros) permet d'observer les oiseaux et de s’arrêter pour une séance de pêche. Dans ce cas, prévoir une deuxième nuit à Akhfennir, ce qui rallongera votre périple d'un jour !  La zone bleue est réservée à l’observation d’oiseaux. La zone blanche donne l'occasion d'assister à l’exploitation du sel. La zone jaune est celle de la randonnée à travers l’arrière-pays désertique et la falaise. Possibilité aussi de  balades en 4x4 local avec un guide.

Unique au monde

 

Immense - sa superficie atteint 185' 000 hectares -, le Parc national Khnifiss, l'un des plus grands du Royaume, est une zone protégée unique au monde, combinant trois écosystèmes majeurs dans un seul espace : la bande côtière, la zone lacustre et une vaste portion désertique. Le parc est composé de terres fertiles, appelées "lakrair", et de bas niveaux de mer, nomméés "sabkhat", ainsi que de plateaux côtiers.

La partie désertique est habitée par une faune d'une richesse incroyable. On peut observer des fennecs, des porcs épics, des renards, des renards roux, ainsi que la gazelle de Cuvier. Les scientifiques y ont recensé, 82 espèces de plantes, 15 espèces d'espèces endémiques et 14 espèces rares et en voie de disparition. Durant les mois les plus froids, le Parc de Khnifiss rassemble 20'000 oiseaux de 211 espèces, dont le flamant rose, qui y est roi, la mouette, le goléand, la spatule blanche, la sarcelle marbrée, la  barge à queue noire ou rousse, le bécasseau Maubèche ou encore l'huîtrier pie. A vos jumelles !

Pour les oiseaux migrateurs, franchir le Sahara représente une barrière impossible à surmonter. Khnifiss est pour eux un lieu  de repos et d'alimentation vital, pour accumuler la graisse nécessaire avant de poursuivre leur voyage vers le Sud.

 

Le souvenir d'Antoine de Saint-Exupéry

 

En une demi-heure, vous arriverez à Tarfaya. Cette petite ville est la dernière avant la frontière qui sépare le Maroc du Sahara occidental que le Royaume considère comme lui appartenant. Elle n'aurait rien d'extraordinaire si elle n'était pas intimement liée au souvenir d'Antoine de Saint-Exupéry. L'aviateur, qui n'était alors qu'un écrivain en devenir, y passa 18 mois, en 1926 et 1927, en qualité de chef d'escale de la future Aéropostale. Tarfaya s'appelait alors Cap Juby.

Dans son ouvrage "Saint-Exupéry ou la force des images", Geneviève Le Hir rapporte une  correspondance de l'aviateur  à sa mère. "Quelle vie de moine je mène, écrit-il. Dans le coin le plus perdu de toute l’Afrique, en plein Sahara espagnol. Un fort sur la plage, notre baraque qui s’y adosse et plus rien pendant des centaines de kilomètres et des centaines ! […] Les avions passent tous les huit jours. Entre eux, c’est trois jours de silence." 

Saint-Exupéry partageait sa "maison" avec quatre mécaniciens français et dix autochtones, tous employés de la compagnie  Latécoère, qui venait de l'engager. S'inspirant de ses expériences d'aviateur, de la solitude et du désert qui l’entourent et qui  l'aident à comprendre la dimension humaine, il rédige son premier roman, Courrier sud, au Cap Juby. La publication intervient en 1929. Vol de nuit suit en 1931, et rencontre un grand succès.

Musée, rallye aérien et raid

 

Ouvrage de littérature française le plus lu et le plus traduit dans le monde après la Bible, "Le Petit prince"commença a être rédigé durant l'exil de l'écrivain à New York. Le séjour que Saint-Exupéry effectua à Tarfaya l'inspira clairement pour écrire son chef-d'oeuvre, puisqu'il y conte l'étrange rencontre entre un aviateur tombé en panne dans le Sahara et un jeune garçon.

 

Un modeste Musée Saint-Exupéry s'est ouvert en 2004 à Tarfaya, avec l'aide de l'association "Mémoire de l'Aéropostale". Le patrimoine qui y est conservé menaçait de disparaître avec le dernier mécanicien-gardien de Saint-Exupéry, mort en 2011.

 

La vie de cette cité de 10'000 âmes est aussi marquée, en septembre par le passage du Rallye aérien de l'Aéropostale Toulouse/Saint-Louis (Sénégal). Chaque année également, fin octobre, le raid Courrier Sud part d'Agadir, combinant la course à pied et le VTT. Comme Essaouira ou Taghazout, Tarfaya est un site venteux. Un parc éolien y a tout naturellement été construit. Il compte 131 turbines. Il s'agit du plus grand parc du Maroc après celui, géant, de Ouarzazate

 

Chemin du retour 

 

Il est grand temps de revenir en direction d'Agadir, par la Nationale 1, déjà utilisée pour le trajet aller, jusqu'à Guelmim. Un peu plus de cinq heures de route, la  plus longue étape du parcours !

 

Nous avons sélectionné trois adresses à l'arrivée. L'Hôtel Oasis Palm se trouve à la sortie de la cité, au bord de la route  principale. Vous apprécierez son confort (trop ?) moderne. La deuxième  destination est la maison d'hôtes Nomades, à l'oasis de Tighmert, déjà évoquée dans le cadre de la deuxième étape ci-dessus. Vous apprécierez son charme ! Regardez Brahim vous parler de sa maison de famille réaménagée en riad.  Troisième bonne adresse : La Maison de l'homme bleu, toujours à Tighmert.

 

En quittant votre choix de la nuit, si le coeur vous en dit, allez jeter un coup d'oeil à la source d'eau chaude d'Abaynou (30 minutes). La salubrité du bassin n'est toutefois pas maximale. Un bain n'est pas recommandé.

Oasis de montagne

 

La route jusqu'à Amtoudi est plus courte que celles des deux étapes précédents. Vous serez à votre destination en moins de deux heures. Amtoudi est une oasis de montagne, qui confine au paradis. Vous apprécierez ses jardins frais irrigués par un système de seguias bien entretenues.

Deux adresses équivalentes, pour y manger et pour la nuit : Tigmi Bulbul et L'Ombre d'arganier (anciennement On dirait le Sud), avec une préférence pour la première. Ce sont des haltes simples, dotées d'un charme certain.

Igoudar

 

Perché sur son piton rocheux, le grenier fortifié (agadir) d'Id Aïssa crée un choc visuel et frappe le visiteur. Une dizaine de kilomètres plus loin, il en est de même de l'agadir d'Aguelly. Notre page Amtoudi l'unique vous dit tout (ou presque) sur les deux igoudar (pluriel d'agadir) qui ont subsisté et ont été réhabilités d'heureuse manière.

 

Circuit

Recommandé : circuit des igoudar, guide, pique-nique et thé à la menthe au fond du cirque et, s'il fait suffisamment chaud, baignade dans l'oued proche de la source. Une balade de huit kilomètres, à effectuer impérativement par un guide, permet d'accéder à la source, puis de monter au plateau qui domine l'oued, pour enfin redescendre à Amtoudi. Attention : deux tronçons sont difficiles.

Des gravures rupestres de grande valeur historiques sont visibles au sud d'Amtoudi. Elles montrent notamment des éléphants et des girafes. Sollicitez un guide !

 

D'Amtoudi, nous vous proposons de rejoindre les Gorges d'Aït Mansour. Il s'agit d'un trajet assez long, avec virages, mais admirable du point de vue de la nature. Le parcours par la route 107 nécessite de compter trois bonnes heures jusqu'aux luxuriantes gorges, peuplées de palmiers-dattiers à la densité rare. 

Parcours à l'envers

 

Vous allez accomplir à l'envers le parcours que nous racontons en détail dans la page Des rochers peintes à Aït Mansour. Un parking vous attend presqu'à la fin des gorges. Une invitation à flâner, en écoutant les oiseaux, en s'amusant à suivre les camaléons accrochés aux palmiers-dattiers et aux lauriers rose, en ne manquant pas d'admirer les falaises ocres rouges, qui changent d'intensité dans le courant de la journée.

Vous avez la langue sèche et l'estomac qui commence à crier famine ? On n'est pas ici aux Champs-Elysées. Pas de restaurant à l'horizon, si ce n'est l'Alimentation générale qui a pris le nom de Massoud ou de Guy de Maupassant. Allez savoir pourquoi... Toujours est-il que l'omelette berbère et le thé à la menthe qu'on y sert peuvent faire un en-cas apprécié, à l'ombre des palmiers-dattiers et des amandiers, juste avant l'entrée des gorges, à Tamsaout.

Elmalara et rochers peints

Tafraoute n'est qu'à une trentaine de kilomètres. La meilleure adresse est celle du riad Elmalara, nouvelle maison d'hôtes tenue par un couple de Français,  construite à l'extérieur de Tafraoute.

Les rochers peints de Jean Verame sont absolume à voir, autant pour l'intérêt de cette expression réussie du land art que pour la beauté des paysages, en particulier du coup d'oeil sur le djebel Lkest, au Nord, qui magnifie ce haut plateau.

 

S'impose ensuite un tour de Tafraout à la découverte des superbes rochers roses qui entourent ce bourg, coeur de la berbérité à 1'000 mètres d'altitude, et qu'on ne peut manquer, tant ils se voient de loin.

 

Notre sixième et dernière étape ! Si vous n'en avez pas eu le temps la veille, direction les rochers peints et les rochers roses! Sinon pour le regretterez.

 

Vallée des Ammeln

 

Dès la sortie de Tafraoute, le paysage, déjà formidable, devient carrément grandiose. Sur les parois granitiques du djebel Lkest, qui culminent à 2'380 mètres et s'étirent sur une vingtaine de kilomètres, les rochers forment une tête de lion géant. Celle-ci est davantage visible à certaines heures qu'à d'autres.

 

On arrive dans la vallée de la tribu des Ammeln, fertile grâce à l'irrigation alimentée par de multiples sources et torrents. Pas moins de 27 villages sont accrochés au pied des pentes abrupte, dont celui d'Oumesnat et sa célèbre maison traditionnelle, vieille de trois ou quatre siècles,  que l'on visite et qui fait aussi chambres et table d'hôtes.

En 45 minutes, on arrive à Tizourgane. Arrêt obligatoire ! La forteresse bâtie sur ce piton rocheux a été parfaitement restaurée. L'art de la pierre de l'Anti-Atlas trouve ici une belle illustration. Le restaurant Kasbah Tizougane est une table agréable : vue panoramique et tajine de derrière les fagots.

Le chemin du retour se poursuit jusqu'à Aït Baha. Pour les amateurs de cuisine bio, nous y conseillons le restaurant biologique Asdim, installé dans un jardin, simple et typique. Un complexe touristique s'est construit à la sortie du bourg, en bordure de route. On peut y jeter un oeil.

A Biougra, vous rentrerez directement au Jardin aux Etoiles, à moins que vous ayez encore envie de faire un crochet par le Jardin de plantes bio qui produit des légumes et des fruits, mais aussi des plantes comme la menthe, le thym et la sauge.

 
 

Près de 1'400 km  du Jardin aux Etoiles à  Tarfaya en six jours, avec boucle de retour
 
 

                   Additional information about the riad : 0041 79 240 26 32