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Il était une fois l'aéroport d'Agadir Inezgane-Ben Sergao, ancêtre de celui d'Al Massira

Dernière mise à jour : 19 juil. 2023


Considéré comme le plus sûr d'Afrique, l'aéroport en activité d'Agadir, nommé Al Massira, s'est ouvert le 20 décembre 1991. Mais avant cette date, les avions atterrissaient à Inezgane, à proximité du nouveau Palais royal (notre photo). Cet aéroport fut d'abord une base française, avant d'être rétrocédé aux Forces armées royales (FAR) en mars 1961, soit cinq ans après l'indépendance. Les FAR avaient en effet perdu leur garnison et leur caserne lors du séisme du 29 février 1960.

Il y a un siècle, durant les années 1920, c'est-à-dire sous le Protectorat, les Français, qui ont introduit l'aviation au Maroc, créent une piste et quelques rares bâtiments entre les villages de Ben Sergao, à l'ouest, et d'Inezgane, à l'est, En 1926 et en 1927, Antoine de Saint-Exupéry, qui n'est alors qu'un écrivain en devenir, est chef d'escale de la future Aéropostale à Tarfaya, qui s'appelle alors Cap Juby. Il se pose à Agadir avec son avion (notre photo: l'aviateur et son "Petit Prince" au modeste musée de Tarfaya qui leur sont consacrés).

L'installation d'une base aéronavale date de 1934 et la fin des guerres tribales menées contre le pouvoir central, le Makhzen, et la France. Pendant la Seconde guerre mondiale, les Américains y implantent leur secteur et patrouillent avec les Français à la recherche de sous-marins nazis qui croisent entre le Maroc et les Canaries. Ainsi que le montre notre image, en 1944, ce Ventura arbore la Croix de Lorraine, symbole de la France libre du général de Gaulle.

Après la guerre, l'aéroport d'Agadir devient aussi une base école. La clémence du climat permet de former de pilotes de guerre plus rapidement, puisque les sorties sont plus nombreuses.


La compagnie Air Atlas (notre photo), ancêtre de la Royal Air Maroc, effectue quelques vols hebdomadaires entre Agadir et Casablanca, mais via Marrakech.

Lors du terrible séisme de 1960, c'est de cette base que part le message radio prévenant le Royaume et le monde de la catastrophe. L'aéroport est le premier à porter secours aux sinistrés, disposant de tout le matériel possible. Il soigne, nourrit et héberge les survivants. Les Gadiris lui en sont reconnaissants. L'aéroport permet aussi d'accueillir les secours qui proviennent de la terre entière. Ici un avion de la compagnie Swissair.

A partir de 1965 et de l'ouverture du Club Méditerranée, les charters commencent à débarquer et de transporter des flots de touristes. Notre photo montre un Lockheed TriStar de la société allemande LTU.


Propriétaires du site, les Forces armées royales louent l'aérogare à l'Office national des aéroports (ONDA).

Une catastrophe se produit le 3 août 1975. Elle touche un Boeing 707 d'Alia Royal Jordanian Airlines affrété par Royal Air Maroc (notre photo Michael Bernhard prise la veille à l'aéroport de Francfort). L'avion, qui a décollé de Paris Le Bourget, s'écrase dans l'Atlas, avant Amskroud, à quelque 70 km de l'aéroport d'Inezgane. Les fortes chaleurs ont conduit à une mauvaise visibilité lors de l'approche. Le bilan est terrible. Les 188 personnes à bord perdent toutes la vie : 181 ouvriers marocains et leurs familles et les sept membres d'équipage. C'est l'accident aérien le plus meurtrier survenu au Maroc.

Quoi qu'il en soit, la vie continue. L’aéroport ne se résume toujours qu’à un petit hangar hérité du Protectorat. Les voyageurs et ceux qui les accompagnent avant leur départ ne peuvent tous y pénétrer. La salle d’attente est à ciel ouvert. Ceux qui embarquent font signe à ceux qui restent derrière la barrière que l'on aperçoit à droite de notre photo. Le souffle des réacteurs soulève les jupes des filles tellement la distance est courte entre avions et public !

Vu le développement du tourisme, les locaux de l'aéroport deviennent trop petits (notre photo). Les conditions de sécurité ne sont pas non plus optimales, vu l'extension des bourgs alentours, comme Ben Sergao et Dcheira.


En conséquence à la fin des années 80, l'Etat lance la construction de l'aéroport d'Al Massira.

Dès l'ouverture de ce dernier, en 1991, les Forces armées royales récupèrent celui d'Inezgane, qui n'est désormais plus ouvert au public.


Depuis l'an 2000, l'avion royal s'y pose, dès lors que la piste se trouve juste à côté du nouveau Palais. Une nouvelle tour, en béton, plus solide, est construite (notre photo). La Gendarmerie royale dispose d'un nouveau bâtiment, dont la partie supérieure est de couleur bleue.

Chaque printemps, l'aéroport militaire accueille l'African Lion, exercice militaire conjoint qui réunit les forces américaines et marocaines. Notre image : l'arrivée d'un C130 Hercules, au soleil couchant.


L'aéroport militaire d'Inezgane demeurera-t-il longtemps à son emplacement actuel ou déménagera-t-il ?


Il pourrait par exemple être déplacé vers Tifnit, où se trouve une caserne marocaine destinée aux exercices de tir, voire à Tan-Tan, lieux où se déroulent les manœuvres de l'African Lion.


Vu que l'aéroport est maintenant enclavé dans le Grand Agadir (notre image Bing), un déménagement permettrait de libérer un foncier important, cela afin de construire de l'habitat et de raccourcir les distances à parcourir.

Nommé "l'abiassioune" par les Gadiris, l'aéroport d'Inezgane et son ancienne tour (notre photo) restent un agréable souvenir aux yeux des anciens. On savait à l'époque que tel appareil venant de tel pays avait atterri puisqu'on le voyait amorcer sa descente depuis la plage en direction de l'hôtel Amadil. Les décollages étaient bruyants. Les avions faisaient trembler la vaisselle !


L'ancien aéroport symbolise aussi la période que nombre d'habitants perçoivent comme l'âge d'or du tourisme et le temps où l'aviation déployait tout son charme, sans l'anonymat et les contraintes d'aujourd'hui.


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