Le Maroc peint avec fascination par Eugène Delacroix

Mis à jour : févr. 2


Grand maître de la peinture romantique française, Eugène Delacroix (ci-dessus - photo de Nadar de 1858) a été fasciné par le Maroc lorsqu'il y a effectué un voyage, en 1832, à une époque où le pays était encore une "terra incognita" pour les étrangers (voir Charles de Foucauld, héros français et... maghrébin). Il a été invité par son ami, le comte de Mornay, à l'accompagner lors d'une mission du roi de France Louis-Philippe auprès du sultan du Maroc.


A la suite de l’occupation de l’Algérie (1830), la France veut sonder les intentions du souverain marocain sur la question de la frontière entre le Maroc et l'Algérie. En janvier, les deux voyageurs quittent Paris et embarquent à Toulon, sur la corvette "La Perle". Destination : Tanger.


Ce séjour au Maroc ne durera que quelques mois, mais exercera une influence profonde sur toute l'oeuvre de Delacroix. Quantité d'informations sont parvenues jusqu'à nous grâce aux lettres que le peintre a écrites du Maroc et aux carnets de croquis (ci-dessus) qu'il a rapportés de sa découverte de la pureté de la lumière ainsi que de la vivacité des couleurs des costumes.


Le petit groupe se rend dans la capitale d'alors, Meknès. A Chefchouen, le peintre mentionne la présence de cigognes. Le Maroc éternel s'offre à la fascination de Delacroix. Dans la fraîcheur du premier printemps, il chevauche le long des montagnes, des fleuves, parmi les lauriers roses et les arbres fruitiers en fleurs. Il prend des croquis qu'il transforme en aquarelles le soir, à la halte.


A Meknès

Le séjour à Meknès, ville fanatique et pratiquement fermée aux Européens, est chargé de pittoresque. Le 22 mars, le sultan Moulay Abd er-Rahman II reçoit solennellement la délégation française. L'instant est immortalisé par Delacroix. Pendant que l’envoyé du roi Louis-Philippe poursuit ses tractations, le jeune peintre de 34 ans découvre le pays du soleil couchant (Maghreb), qu’il confronte à l’Orient rêvé et imaginé. Il écrit : "C’est un lieu fait pour les peintres (…), le beau y abonde (…), le beau court les rues (…), je suis étourdi de tout ce que j’ai vu (… ), je suis dans ce moment comme un homme qui rêve". Il constate toutefois aussi que "beaucoup ont l'oeil faux ou inerte".


Delacroix échappe aux honneurs officiels et parcourt le bazar où il découvre ces "Babouches". Il rapportera des témoignages saisissants sur le Maroc, la culture et la vie de son peuple, ainsi que cette intitulée "Deux Marocains". Solidement non croyant, il est néanmoins impressionné par la foi musulmane.


Somptueuse composition à Tanger

Un jour, au cours d'une promenade, Delacroix assiste à un combat entre deux chevaux furieux. Emporté par son imagination, il le transformera en un duel homérique entre un cheval et un lion de l'Atlas (notre reproduction). Il fera de cet animal royal, ainsi que du tigre, le sujet de plusieurs tableaux.


Ce sont les Grecs et les Romains qu'il croit voir à sa porte. Il retrouve les draperies blanches des sénateurs de Rome ou de l'aréopage d'Athènes. Les mendiants lui paraissent des Brutus ou des Catons. Au retour, à Tanger, ville cosmopolite de 5'000 habitants seulement à l'époque, il assiste, caché derrière des volets, à la procession des convulsionnaires. Il en résultera une somptueuse composition.


Delacroix est inspiré par la même veine lorsqu'il compose l'un de ses tableaux les plus célèbres, "La Liberté guidant le peuple" représentant la Révolution de 1830.


Les juifs du Maroc et Delacroix

Les juifs des mellahs réservent un bon accueil à Delacroix. Grand spécialiste du peintre français, Maurice Arama en a raconté les heureuses conséquences artistiques. Il a aussi fait ressortir à quel point, au 19e siècle, la communauté juive était intégrée à la société musulmane et cohabitait en bonne harmonie avec celle-ci. Maurice Arama est aussi l'un des co-auteurs du livre "Delacroix/Voyage au Maroc".


Les musulmanes refusent de poser pour Delacroix. Le peintre est donc heureux de l'acceptation des femmes juives, dont la beauté lui paraît admirable. Il les restitue tant dans "L'Orchestre juif" qu'en portrait. Affecté à la délégation française, le juif Abraham Benchimol de Tanger présente le peintre à sa femme et à sa fille. Cette dernière apparaîtra en costume de mariée dans les célèbres "Noces juives", qui sont exposées au Musée du Louvre.


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