Le fils du Glaoui peintre apprécié de Mohammed VI : paradoxal ?

Mis à jour : mai 20


Dernier pacha de Marrakech, soit l'équivalent du vice-roi du Sud du pays, Thami El Glaoui (ci-dessus) s'est vu coller à sa personne l'image du traître absolu. "Collabo" sous le Protectorat, prince berbère ayant "pacifié" c'est-à-dire réduit les tribus du Sud, il est voué aux gémonies et son ancien palais de Taliouine, entre autres, se meurt, ainsi que je l'ai déploré dans mon message Il n'y a de safran de toute première qualité que de Taliouine...


Lorsque, en 1955, le sultan alaouite retrouve son rang à son retour d'exil, le pacha de Marrakech, humilié devant les caméras, est contraint de se prosterner face au futur Mohammed V qu'il avait trahi (vidéo ci-dessus), regrettant ses choix passés. Il meurt peu après, comme pour symboliser la fin d'une époque.

L'un des fils de Thami El Glaoui, Hassan, qu'on voit ci-dessus, est artiste-peintre. Réinstallé au Maroc, en 1964, après un long exil parisien, Hassan El Glaoui est informellement intronisé peintre de cour. Hassan II ne s'intéressait pas à l'art pictural, mais fit une exception pour ce peintre-là, qui flattait sa vision d'un Maroc immémorial, à coup de fantasias, cavalcades et autres "sorties du sultan".


Il doit sa bonne fortune actuelle et l'envolée du prix de ses tableaux entre autres... au roi Mohammed VI qui, lui, est sensible à l'art sous toutes ses formes. Sa Majesté en a fait l'un de ses peintres préférés, se portant acquéreur de ses oeuvres. Les courtisans de la cour - le Makhzen si controversé - ont bien entendu suivi. Personne ne s'étonnera qu'il se trouve de distingués critiques d'art pour décerner les lauriers les plus glorieux à Hassan El Glaoui.

Le trait de Hassan El Glaoui est épuré, un bel élan est donné, comme le montre la gouache ci-dessus, mais tout cela vaut-il de s'extasier devant ces oeuvres ? Personnellement, elles ne m'émeuvent guère et je distingue mal la qualité de la lumière qu'on nous vante ! Quand je regarde cette gouache, j'ai même plutôt l'impression d'avoir devant moi le travail d'un honnête peintre du dimanche...


Je veux bien qu'on célèbre la "marocanité" et qu'au surplus en matière d'art il y ait des goûts et des couleurs. Mais pour ma part, je ne suis pas le mouvement... Il existe nombre d'artistes marocains, figuratifs ou contemporains, tout aussi intéressants, voire bien davantage.


Personnellement, j'ai un faible pour les créations amazighs d'Omar Mourabih (Coup de coeur pour l'oeuvre d'un artiste amazigh d'Agadir) ainsi que la recherche menée par Amina Harrak sur le dédale des rues, l'architecture, les gens. Voilà qui, pour moi, est plus authentique et plus actuel que les relents du passé glaoua même réévalué à la bourse de l'art officiel marocain.


Un parcours historique commun


De prime abord, on peut s'étonner que le roi actuel soit l'un des bienfaiteurs du "fils du traître". Mais est-ci si paradoxal que cela ? En fait, la famille régnante et le clan El Glaoui ont un long parcours historique commun. Le frère du pacha de Marrakech, Madani El Glaoui, fut grand vizir (premier ministre) de Moulay Hafid, arrière-grand-oncle du souverain actuel, qui bénéficia du soutien de Thami El Glaoui lorsqu'il écarta du pouvoir son frère Abd-Aziz. Vous suivez ?


C'est ce même Moulay Hafid qui, assiégé en 1912 par les tribus berbères (imazighen), dut se résoudre à solliciter le secours de l'armée française, d'où l'instauration du Protectorat et l'avènement de Moulay Youssef, arrière-grand-père de Mohammed VI. Je suis certain que vous suivez toujours...

On voit ci-dessus Moulay Youssef (à gauche) en compagnie du marchéal Lyautey (au centre, au premier plan). A constater la connivence qui ressort de ces illustrations, on ne peut pas dire que Moulay Youssef fut l'ennemi du maréchal, et de loin pas...


Plus tard, Thami El Glaoui fut désigné pacha par le fils de Moulay Youssef, le sultan Mohammed V, avant de contribuer en toute première ligne à l'exil de celui-ci. Le clan Glaoui avait amassé une fortune considérable qui, à sa chute, passa entre les mains de la famille royale, ce qui explique en partie la puissance de l'ONA.


Un ambassadeur


Un autre fils du pacha de Marrakech, Abdessadeq, fut ambassadeur du Maroc à Wahington, à Paris et en Allemagne, ainsi que président de la Cour des comptes. Comme disgrâce, on peut redouter pire... Abdessadeq El Glaoui vient d'ailleurs de sortir, en toute liberté, un livre intitulé "Le Ralliement - El Glaoui était un héros", dans lequel il tente de redorer le blason familial. A lire l'interview qu'il a donnée à Maroc Hebdo International, on s'aperçoit que, dans cette affaire comme dans d'autres, le sens des nuances est utile pour appréhender l'histoire.

Revenons à l'art pictural pour signaler qu'il apparaît que la composition ci-dessus n'est pas une oeuvre de Majorelle, mais une simple illustration, très réussie au demeurant, destinée à un ouvrage d'histoire. Quoi qu'il en soit, le pinceau du Nancéen surpasse très nettement celui du fils du Glaoui. Du moins à mes yeux... Abdellah Amennou (Abdellah Amennou, artiste amazigh s'exprimant dans une dimension moderne) vient d'ailleurs de me faire observer la qualité de la verdure qu'on voit se découper sur la casbah d'Ameniter signée Majorelle (voir Un ouvrage qui rend hommage à l'orientaliste Jacques Majorelle).


Voir aussi le message Ai-je été trop sévère envers le peintre Hassan El Glaoui ?


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